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Reconstitution de la Passion de Jésus à la lumière des Evangiles et des observations tirées de l'étude du Suaire.

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La Passion de Jésus selon les Évangiles

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Physio-pathologie de la Passion
 

               Nous avons commencé - fort logiquement - notre travail en examinant avec soin le Suaire de Turin et nous y avons trouvé les traces des supplices (coups, couronnement d'épines, chutes, portement de croix, crucifixion) et de la mort d'un homme du 1° siècle de notre ère ; nous avons vu que cet homme ne pouvait être que Jésus de Nazareth. Essayons maintenant, à la lumière du récit des Évangiles, de faire la démarche inverse : reconstituons les dernières heures de sa vie, depuis son arrestation jusqu'à sa mise au tombeau.

               Pour ceux qui se demanderaient quel crédit accorder aux récits évangéliques et à leur valeur historique, il est conseillé de se rapporter à l'article "Historicité des Évangiles", dans la page FAQ, où ils trouveront les principaux arguments justifiant leur sérieux ; dans ce récit de la Passion, nous suivrons fidèlement le récit évangélique. Ce récit étant un tout, c'est volontairement que je n'ai pas introduit de liens hypertexte vers d'autres pages, pour ne pas risquer de tenter la curiosité du lecteur sur tel ou tel détail au risque de lui faire perdre la notion d'unité dramatique du récit. Tous les points dont il est fait mention sont développés dans les chapitres facilement accessibles par la barre de navigation ou par la table des matières.

               Nous sommes dans la soirée du jeudi 13 Nisan de l'année 30 (le 7 avril), vers 19 H, veille de la Pâque officielle qui débutera le lendemain 14 au soir, vers 18 heures. Normalement, le repas pascal devrait avoir lieu le lendemain. Toutefois, il semble parfaitement établi qu'il existait, au temps de Jésus, deux calendriers concomitants, un "officiel", prôné par les prêtres et les pharisiens, un "officieux", pratiqué par le commun des Juifs. Jésus et ses disciples dînent dans la salle haute (le Cénacle) préparée à sa demande pour le repas pascal ; ils ont partagé le pain et le vin et Judas les a quittés après que Jésus a annoncé sa prochaine trahison. Une fois le repas fini, vers 21 H, les onze disciples et Jésus sont sortis de Jérusalem vers l'est, ont traversé le Cédron et sont allés au jardin de Getsémani, sur les pentes occidentales du Mont des Oliviers, un de leurs lieux de promenade habituels.

               Là, Jésus, qui sait que son arrestation est imminente, commence à ressentir les atteintes de l'angoisse ; Luc nous dit "et sa sueur devint comme des caillots de sang tombant jusqu'à terre". Ce phénomène, connu sous le nom d'hémathidrose, semble rarissime. Je n'en ai jamais lu de description par un témoin direct ; le Docteur Pierre Barbet - qui fut pourtant chirurgien pendant la 1° guerre mondiale, époque où l'anesthésie n'était pas ce qu'elle est de nos jours - cite le Dr Le Bec, mais n'apporte lui-même aucune expérience personnelle. Il semblerait que les petits vaisseaux de la peau et des glandes sudoripares se dilatent au point de se rompre ; bien entendu, un tel œdème de la peau la fragiliserait à l'extrême et la rendrait beaucoup plus vulnérable aux mauvais traitements. Nous avons tous connu des moments d'angoisse pour nous même ou pour nos proches ; nous avons tous anticipé des souffrances à venir, nous possédons des documents de prisonniers ayant subi des tortures ou ayant attendu de les subir, mais jamais aucun - à ma connaissance - n'a souffert d'hémathidrose. Quelle pourrait donc être la cause d'une telle angoisse ?

               Pour les croyants, l'histoire du monde à un sens : Dieu a créé le monde et a fait les hommes à son image pour les faire participer à sa vie bienheureuse ; mais les hommes se sont détournés de lui. Après leur avoir envoyé de nombreux prophètes pour les inciter à se convertir, devant leur persistance dans l'erreur, il a décidé de leur envoyer son propre Fils - en se disant, comme dans la parabole des vignerons : "Lui, au moins, ils l'écouteront"- et ils pourront devenir ses enfants d'adoption, donc les héritiers de sa vie bienheureuse. Mais il n'en a rien été. Non seulement ils ne l'ont pas écouté, mais ils l'ont mis à mort. Cependant, Jésus, en offrant librement sa vie, a obtenu la rédemption définitive des fautes des hommes. Depuis ce jour-là, grâce aux mérites infinis acquis par le sacrifice de Jésus, nos fautes nous sont pardonnées - mais à la condition que nous demandions ce pardon ! -

               Pour les incroyants, l'histoire du monde n'a pas de sens, c'est "le Hasard et la Nécessité", pour reprendre le titre du livre de J Monod.

               Si on est croyant, alors les angoisses de Jésus et la sueur de sang peuvent se comprendre : Homme et Dieu à la fois, il connaît parfaitement l'ampleur des douleurs physiques et morales qu'il va devoir affronter. Mais, de plus, Jésus sait, puisqu'il est Dieu, que beaucoup d'hommes ne voudront pas renoncer à leur conduite mauvaise et ne bénéficieront pas de la possibilité du rachat de leurs fautes. Or il aime tous les hommes (les bons et les méchants) comme des frères, il souffre d'avance pour eux de leur damnation éternelle. Il est possible que ces deux raisons soient à l'origine de la terrible angoisse ayant entraîné l'hémathidrose.

               Si on est incroyant, il reste à trouver une raison à cette "sueur de sang" que Saint Luc décrit sans en donner aucune explication. Le débat reste ouvert.

               Jésus est malade - au sens médical du terme - d'angoisse, et ses disciples se sont endormis non loin de lui… sauf Judas qui les a quittés pendant le repas et est allé prévenir les Juifs pour qu'on vienne l'arrêter. Et des hommes, "des serviteurs des pontifes et des pharisiens" précise saint Jean, avec des bâtons et des épées, viennent le saisir, lui attacher les mains et l'emmènent dans la nuit pour le présenter à ses juges. On peut estimer qu'il est environ minuit. Pour l'instant, pas de violence physique extérieure pouvant laisser des traces visibles sur le Suaire, seulement la "sueur comme des caillots de sang", mais qui ne pourra pas se discerner au milieu des innombrables autres blessures.

 

               Dans un premier temps, Jésus est conduit devant Anne, ex-Grand-Prêtre, beau-père du Grand-Prêtre en exercice Caïphe. Anne est un personnage influent, probablement doué du sens politique propre à ceux qui ont traîné longtemps dans les allées du pouvoir ; son opinion sur la façon de s'y prendre avec Jésus sera précieuse. Interrogatoire classique : "Qui es-tu ? d'où viens-tu ? qu'as-tu fait?…". L'accusé s'est contenté de dire qu'il n'avait rien dit ni fait qui n'ait eu lieu en public et que le plus simple , pour savoir ce qu'il en était, était d'interroger ceux qui l'avaient écouté. Les Évangiles nous disent qu'un des serviteurs d'Anne, trouvant la réponse de Jésus insolente, le frappa au visage. Gifle ? Coup de poing ? De quelle violence ? Nous n'en savons rien et rien ne permet de dire que ce premier coup laissa une trace et si oui laquelle. L'interrogatoire n'a rien donné. Anne décide de faire comparaître Jésus devant Caïphe. L'arrestation, le déplacement, l'interrogatoire, tout cela a pris un peu de temps, il doit être 1 heure du matin en ce vendredi 14 Nisan, la Pâque officielle et le Sabbat commenceront dans 17 heures.

               Chez Caïphe, Grand-Prêtre en exercice, commence le "procès légal" de Jésus ; ce procès se fera dans le respect apparent des règles de procédure, pour qu'on ne puisse pas parler de machination contre Jésus, pour que sa condamnation à mort - pourtant déjà programmée par les Prêtres et les Pharisiens - ait une apparence de légalité aux yeux des Romains à qui il faudra bien finir par demander l'autorisation d'exécution, car les Juifs, qui vivent sous l'autorité romaine, n'ont pas le pouvoir de mettre à mort quelqu'un sans l'accord des Romains. Il faudra donc obtenir l'autorisation de Pilate.

               Le Sanhédrin est réuni, les témoins sont convoqués ; cela ne peut se faire en quelques minutes, mais il est probable que, sitôt prise la décision d'arrêter Jésus - sans doute vers 22 heures la veille -, tout ce petit monde ait commencé de se rassembler pour mener rondement le procès. Tout doit être bouclé avant ce soir 18 heures ! Interrogatoire, dépositions de vrais témoins (confirmant l'enseignement de Jésus dans les lieux publics) et de faux témoins (certains soudoyés, d'autres simples mythomanes désirant un peu de notoriété), mais rien ne concorde, rien ne permet de trancher. Tout cela dure peut-être une ou deux heures. Finalement, c'est une réponse de Jésus lui-même qui va tout faire basculer : il blasphème ! Adjuré par Caïphe lui même de dire s'il est ou non le Messie, Jésus confirme : il est bien le Fils de Dieu. Les dés sont jetés, un blasphème ne peut qu'entraîner la mort. La sentence tombe, le grand prêtre déchire ses vêtements, le procès est terminé. Il doit être près de 3 heures du matin.

 

               En attendant que Pilate accorde audience - on ne va quand même pas le réveiller à cette heure-là pour un tel motif, il n'apprécierait pas - Jésus est livré aux hommes présents, pour la plupart des serviteurs de Caïphe et des pharisiens, des gens qui ont de la haine pour Jésus, soit personnellement, soit par veulerie envers leur maître, soit simplement des brutes qui éprouvent un plaisir sadique à cogner. Qui veut le frapper le peut ; et on ne va pas s'en priver : on lui crache au visage, on le gifle, on lui donne des coups de poing, de bâton. Nous avons tous vu ce que pouvait donner un groupe d'hommes livrés à eux-mêmes sans contrôle : nous en avons de temps en temps un aperçu à la télévision lors d'un reportage sur une émeute, certains d'entre nous en ont été victimes ou témoins directs dans les camps de prisonniers nazis, vietnamiens, algériens… le pire est à craindre dans ces cas-là. Et ce qui se passe maintenant chez Caïphe, nous en avons des traces sur le visage imprimé sur le Suaire : la pommette droite tuméfiée et excoriée, le cartilage nasal cassé, les deux arcades sourcilières enflées, surtout la droite, le menton et la lèvre inférieure oedématiés la partie droite de la moustache et de la barbe arrachées (avez-vous essayé de vous arracher des poils de barbe ou de moustache ? dans certaines peuplades aux mœurs primitives on considère cela comme une torture raffinée…). Difficile d'imaginer qu'il n'y a pas eu de coups de poing dans l'estomac, la poitrine, le dos, voire des coups de pied après l'avoir fait tomber. Le cinéma actuel nous montre la violence avec suffisamment de complaisance pour que chacun de nous puisse se faire une opinion réelle de ce que durent être ces quelques heures où Jésus fut livré à la bestialité des hommes. Combien de temps cela va-t-il durer ? rien dans les écritures ne permet de le dire, mais une heure ou deux semble bien être un minimum.

               C'est durant cette partie de la nuit que se situe le triple reniement de Pierre, venu se réchauffer dans la cour du grand-prêtre. Quand Jésus sort de chez Caïphe et qu'il croise le regard de Pierre, le coq se met à chanter (Luc XXII, 60). Il doit être environ 5 heures 30 du matin ce vendredi 14 Nisan.

               Traversée de Jérusalem pour se rendre à la forteresse Antonia où on demande audience à Pilate.

               Pilate écoute les demandes des juifs, interroge Jésus mais ne voit pas en quoi ce malheureux, déjà bien malmené, aux réponses paisibles peut constituer un danger pour les juifs et mériter la mort. Convaincu de l'innocence de Jésus, il retourne le dire aux Juifs. Par hasard, au cours de la discussion, il apprend que Jésus est galiléen et dépend donc de la juridiction d'Hérode ; trop content de se débarrasser d'une cause impossible, il l'expédie sur le champ à Hérode dont le palais n'est pas loin, cela ne sera pas long. Il peut être 7 heures.

               Nouvel interrogatoire, mais, cette fois, pas de réponse de Jésus. Hérode tourne Jésus en dérision, le revêt d'une robe blanche et le renvoie à Pilate, n'ayant pas trouvé de motif pour faire mettre à mort ce pauvre bougre qui lui paraît plutôt inoffensif. Les évangiles ne mentionnent aucune brutalité chez Hérode.

               Pilate reprend donc l'affaire en mains et fait ce qu'il peut pour relâcher Jésus : chaque année, pour la Pâque, il amnistie un prisonnier ; pourquoi pas Jésus ? peine perdue, les juifs préfèrent qu'on relâche un bandit connu sous le nom de Barabbas. Ne pouvant calmer la foule, rassemblée depuis le matin par les chefs des prêtres pour faire pression sur la décision romaine et dont l'excitation ne cesse de croître, Pilate décide de faire châtier jésus en espérant pouvoir le relâcher après. Il est donc remis aux soldats pour être flagellé. Il est peut-être neuf heures.

               La flagellation n'était pas une plaisanterie, mais un véritable supplice. Le fouet utilisé avait des lanières munies de billes de plomb ou de petits os. Les blessures occasionnées étaient redoutables et pouvaient entraîner la mort. La loi juive avait limité le nombre maximum de coups de fouet à 40, estimant sans doute que le pronostic vital était en jeu au-delà de ce nombre. On a dénombré plus de 100 impacts sur le corps de Jésus et, encore, sur le Suaire, on ne voit pas du tout les faces latérales du corps. Certains pensent que le nombre fatidique de 40 coups a été dépassé ; c'est possible, les Romains n'ayant aucune obligation de respecter la loi juive, mais avec 2 lanières par fouet et 2 objets insérés par lanière, cela représente 120 blessures sur le corps… Y avait-il un bourreau ou deux bourreaux ? probablement deux, un à droite, l'autre à gauche, celui de gauche un peu plus petit (le centre d'action des coups est un peu plus bas) et aimant bien lacérer les jambes… Mais les coups portés par les deux bourreaux étaient redoutables et marquaient profondément la chair. Cette flagellation - qui n'était pas obligatoirement suivie d'une mise à mort - était prévue pour être un châtiment tel qu'elle serve de leçon au condamné et à tous ceux qui auraient l'occasion de le voir. Pour être un châtiment, ce fut un châtiment, une horreur. Et sur un homme dont la peau a été fragilisée par l'hémathidrose, puis traumatisée par les violences de la nuit dans la maison du grand-prêtre, un homme qui n'a pas dormi, ne s'est pas reposé, a été trimballé toute la nuit et la matinée d'un lieu à un autre, ligoté; il ne devait pas être en bel état quand on le détacha de la colonne de la flagellation. Et pourtant, cela ne suffisait pas, toute la cohorte romaine s'en donna à cœur joie - la brutalité appelle la brutalité, la pitié est un sentiment qui s'épanouit au calme dans le cœur de l'homme - : après l'avoir flagellé, ils lui mettent une couronne d'épines sur la tête, le frappent avec un roseau, lui crachent au visage, l'insultent…

               Finalement Pilate, après l'avoir fait couvrir d'un manteau de pourpre, le montre à la foule pour essayer de l'arracher à la mort : "Voici votre roi !" (il est possible qu'il ait été ébranlé dans ses convictions par les réponses de Jésus et que le doute se soit insinué en lui, sans quoi, pourquoi tant d'efforts et de temps gâchés pour un individu juif qu'il ne connaît pas et dont il n'a rien à faire ?) Las, la vue de Jésus attise la colère et la haine des Juifs et Pilate n'ose plus refuser la crucifixion tant demandée. Il est bientôt midi. C'en est fini de Jésus, on va le clouer sur une croix et le laisser agoniser plusieurs heures dans des souffrances atroces, bien pires que celles qu'il vient de connaître.

               On lui ôte la chlamyde de pourpre, on lui remet ses vêtements et on l'emmène pour être crucifié ; à lui de porter sa croix - très probablement seulement le patibulum, les stipes restant à pied d'œuvre - ; une simple poutre de 2 m de long (les bras étendus d'un homme de 1.8  m mesurent aussi 1.8 m environ), de 20 cm de large et de 5 à 7 cm d'épaisseur qui pèse quand-même ses 20 kg ; pour un homme épuisé par la flagellation - sans compter la nuit blanche, les autres mauvais traitements…. - c'est trop ; jamais Jésus ne pourra franchir les quelques 500 à 700 m qui le séparent du lieu de l'exécution ; un passant est réquisitionné, son nom passera à la postérité : Simon de Cyrène. Péniblement, Jésus et Simon portant de concert la croix vont parcourir cette distance. Les Évangiles ne disent rien des chutes de Jésus ni de sa rencontre avec sa mère, ces détails nous ont été transmis par la tradition. Le suaire montre une tuméfaction excoriée du genou, les blessures des omoplates, surtout la droite, occasionnées par le frottement du bois ; on peut estimer le temps nécessaire au déplacement de l'ordre de la demi-heure

               Une fois arrivé au lieu de l'exécution, on déshabille Jésus ; le Suaire est formel, Jésus est nu dans son linceul et comme on voit mal l'intérêt de l'avoir déshabillé après sa mort, on est obligé de conclure qu'il a été déshabillé avant la crucifixion. Quand on dit "déshabillé", c'est un euphémisme : les vêtements collent à son corps par toutes les blessures reçues ; on est donc obligé en réalité de lui arracher ses vêtements en rouvrant toutes les plaies. Pour imaginer la souffrance ressentie, c'est simple, nous avons tous eu des pansements collés à une plaie et nous nous rappelons tous la douleur provoquée par l'ablation du pansement en dépit des mille et une précautions prises… alors, pensez, plus de 100 blessures dues au fouet, plus toutes les autres plaies. Chacune va se rouvrir et saigner…Arrêtons nous quelques secondes et imaginons...

               Ensuite, il faut le clouer à la croix ; pour des bourreaux entraînés, ce n'est pas bien difficile : le condamné est couché sur le dos en travers du patibulum, un bourreau immobilise le corps, un autre maintient le bras allongé en posant une main sur la paume ouverte, l'autre main pèse sur l'avant-bras pour empêcher son déplacement, probablement un genou fléchi écrase-t-il la poitrine du condamné ; le 3° bourreau applique le clou dans le pli du poignet, entre les deux tendons des fléchisseurs et, en deux coups de marteau le clou a traversé le poignet ; au passage, il a lésé le nerf médian, provoquant une névralgie intense et une contracture réflexe du pouce en dedans de la main. Encore un ou deux bons coups et le clou est solidement fixé au bois. Même manœuvre de l'autre côté, il ne reste plus qu'à remettre debout le condamné en levant les extrémités du patibulum, le conduire jusqu'au stipes, le faire monter à reculons sur n'importe quel objet mesurant trente à cinquante centimètres, poser le patibulum en travers du stipes (probablement un banal couple tenon / mortaise grossièrement équarri, l'affaire est terminée. Il reste à plier un peu les genoux en maintenant les pieds à plat, l'espace de Mérat se dégage ; un bourreau maintient la jambe, un coup de marteau et le clou a traversé le premier pied ; une seconde percussion et le deuxième pied est traversé à son tour ; quelques solides coups de marteau pour bien fixer le tout au bois, et cela ne bougera plus. Rapidement on crucifie les deux autres condamnés et la corvée est terminée. Il n'y a plus qu'à attendre.

               Il est environ midi. Les ténèbres s'installent sur la terre.

Très beau Christ copte antérieur au X° siècle. Son aspect est profondément humain ; la justesse de son attitude et la majesté dans la souffrance sont parfaitement rendues. Il faut remarquer quelques particularités : l'artiste n'a pas osé représenter le Christ nu, alors qu'il l'était, et il a fait passer la jambe droite devant la gauche alors que c'était l'inverse. De plus, l'absence de plaie sur le côté droit aonsi que le port relevé de la tête indiquent que l'artiste a tenu à présenter le Christ encore vivant.  (10832 octets)

               Les clous passent en dehors des trajets des gros vaisseaux, l'hémorragie est minime, la mort sera lente. Un mince filet de sang s'échappe des plaies des poignets et glisse le long des avant-bras en direction des coudes. Le corps tire de tout son poids sur les clous des poignets, la douleur est épouvantable ; il s'agit de la douleur d'un gros tronc nerveux (le nerf médian) traumatisé ; elle est en tout point comparable à la douleur d'une sciatique (ceux qui ont connu voient ce que je veux dire ; les autres peuvent imaginer la roulette du dentiste quand elle entre en contact avec le nerf dentaire…). La seule façon de soulager est de prendre appui sur les pieds ; mais eux aussi sont encloués... Un des premiers effets ressentis à cause de cette immobilisation bras en l'air est la difficulté respiratoire, thorax bloqué en inspiration, ne pouvant se vider ; il faut pousser sur les clous des pieds et à tirer sur ceux des poignets pour pouvoir expirer (mais quelle douleur à chaque mouvement !), puis à se laisser de nouveau pendre, en attendant le prochain épisode d'asphyxie et ainsi de suite (1 à 2 fois par minute peut-être). A chaque effort de redressement sur les pieds, les avant-bras s'horizontalisent un peu et la coulée de sang qui se dirigeait vers le coude a tendance à tomber plus verticalement. Ces deux coulées sont bien visibles sur le Suaire. Pendant ce temps, l'acidité sanguine (due notamment à l'asphyxie) et les mauvaises positions entraînent des crampes de tout le corps, impossibles à soulager faute de pouvoir changer de position, si ce n'est ce pauvre mouvement vertical de 15 à 20 cm environ. Les contractures musculaires et l'acidose entraînent des transpirations abondantes, facteurs de déshydratation (au fait, il n'a pas bu depuis déjà plus de 18 heures…) ; en effet, à un moment Jésus dit "j'ai soif" et on lui tend un éponge imbibée de vinaigre à laquelle il ne touche presque pas.

               L'agonie se poursuit avec ses douleurs, ses crampes, son étouffement progressif, sa soif, et puis les insectes qui viennent agacer le supplicié, les mouches impossibles à chasser, la nudité, les passants qui viennent en curieux ou pour l'insulter… Les heures passent, inexorable suite de minutes qui ne sont que douleur…

               Cependant, le sabbat approche et, si on ne veut pas se souiller pendant le sabbat (qui commence dans quelques heures, à la tombée de la nuit), il faut que les condamnés soient morts et enterrés. La mort sur la croix pouvait durer des heures, voire des jours ; mais il existait une astuce pour accélérer le cours des événements : il suffisait, à coups de barre de fer, de briser les tibias et péronés des condamnés : ne pouvant plus prendre appui sur leurs jambes brisées, ils ne pouvaient plus respirer et étouffaient très vite. Les soldats reçurent donc l'ordre de briser les jambes des condamnés, ce qu'ils firent pour les deux compagnons de Jésus, mais en arrivant à lui, ils constatèrent qu'il était déjà mort. Par acquit de conscience, l'un des soldats lui donne quand même un coup de lance dans le côté droit du thorax et aussitôt, nous dit saint Jean qui se tenait au pied de la croix, il en sortit du sang et de l'eau. Il est 15 heures ce vendredi 14 Nisan et le Sabbat va pouvoir commencer à l'heure prévue pour honorer ce Dieu qu'ils viennent de crucifier…

               On a beaucoup discuté sur l'origine de l'eau (le sang, lui, provient de tout le système veineux supra-cardiaque qui se draine dans la veine cave supérieure et dans l'oreillette droite). D'où venait l'eau ? un épanchement pleural ? un œdème pulmonaire ? c'est possible. Un épanchement péricardique ? c'est possible aussi. En tout cas d'une collection pathologique de liquide qui n'aurait pas dû se trouver là où elle était et dont la constitution a été une cause supplémentaire de souffrances - une de plus, serait-on tenté d'ajouter… -.

               Pendant ce temps, au pied de la croix, une femme d'une cinquantaine d'années se tient debout, silencieuse, brisée par la douleur : Marie, sa mère. Comme l'expriment si bien les paroles du Stabat Mater :

                              Debout, la mère endolorie, au pied de la croix était en larmes devant son fils suspendu.

                              Dans son âme qui gémissait, toute brisée, endolorie, le glaive était enfoncé.

                              Qu'elle était triste et affligée, la mère entre toutes bénie, la mère du fils unique.

                              Qu'elle avait mal, qu'elle souffrait la tendre mère, en contemplant son divin fils tourmenté.

                             Quel est celui qui, sans pleurer, pourrait voir la mère douloureuse avec son fils ?

               Depuis quand est-elle auprès de son fils torturé sous ses yeux, sans qu'elle y puisse rien ? Probablement alertée par des amis depuis l'arrestation de Jésus, elle a dû essayer de le suivre dans ses pérégrinations nocturnes et la tradition rapporte qu'elle était sur le chemin du Golgotha… elle est là, impuissante, ressentant dans sa chair de mère les douleurs de son fils cloué sous ses yeux ; elle attend que la mort le délivre enfin de la douleur. Souffrir silencieusement avec son fils sans pouvoir le soulager, espérer et redouter à la fois sa mort. Epouvantable déchirement.

 

               Jésus est mort, enfin ! a-t-on envie d'ajouter. Et pourtant, ce n'est pas fini : il ne peut pas rester en croix pendant la Pâque et le Sabbat ; il faut donc arracher les clous qui fixent les pieds (on imagine les tenailles, le pied du bourreau posé sur le stipes, le corps arc-bouté par l'effort ; car ce n'était pas obligatoirement facile : pour Jéhohanan, il a été impossible d'arracher le clou, il a fallu scier les jambes ) ; puis il faut descendre le patibulum avec le corps inerte et raide qui pend (100 kg !) ; pas question évidemment d'essayer de déclouer les mains à cette hauteur. Une fois le corps déposé il va falloir le transporter au tombeau. Pierre Barbet pense qu'on l'a transporté encore encloué à son patibulum et avec un drap enroulé sous les reins. D'accord pour le drap, les coulées de sang postérieures sont en effet très évocatrices de ce support. Mais je pense qu'il n'y avait aucun intérêt à emporter le patibulum, car il alourdissait le poids d'environ 20 kg et le corps était bien suffisamment raide pour être facilement porté. Il me semble plus probable que l'on ait décloué les poignets une fois à terre (encore l'horrible image du pied qui fixe le bois au sol pendant que l'on tire avec des tenailles de toutes ses forces pour arracher le clou du bois). Ensuite, une personne de chaque côté du corps saisit celui-ci par le bras pendant que deux autres personnes tiennent chacune une extrémité du linge passé au niveau de la ceinture. Le tombeau ne se situe qu'à quelques dizaines de mètres. Arrivé sur place, il faut ramener les bras dans l'axe du corps (ils sont fixés et enraidis dans la position de la crucifixion par la rigidité cadavérique précoce en rapport avec la mort par tétanisation complète) ; les phalanges repliées de la main gauche suffisent pour maintenir la main droite… Le corps est couché sur le linceul, des piécettes sont déposées sur les paupières pour les maintenir abaissées… ; le linceul est rabattu sur le corps, on sort du tombeau et on roule la pierre devant la porte. Par mesure de prudence et pour empêcher que l'on vienne enlever le corps de Jésus, Pilate accorde un peloton de soldats pour monter la garde devant le tombeau. Tout est achevé.

 

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