RETRANSCRIPTION   -  TRADUCTION

Note de l'auteur : que l'on ne se méprenne pas, je n'ai aucune connaissance de l'hébreu et j'ai fidèlement suivi les mots hébreux trouvés dans les livres de Jean CARMIGNAC, Claude TRESMONTANT ou Jacqueline GENOT-BISMUTH. Mais la réputation de ces auteurs, ainsi que la parfaite concordance de leurs conclusions m'ont amené à leur faire une confiance aveugle ; et, pour copier BRASSENS, "pour eux, l'Evangile, c'est de l'hébreu" (dans le vrai sens du terme !)

Nouveau Testament

               Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi les textes des Évangiles, les Actes, l'Apocalypse, les lettres des Apôtres étaient rassemblées dans un livre dont le titre est Nouveau Testament ? Pourquoi "Testament" ? A l'heure actuelle, un testament est un "acte unilatéral et solennel, révocable jusqu'au décès de son auteur, par lequel celui-ci dispose de tout ou partie de ses biens qu'il laissera en mourant" (Petit Robert). Quel rapport avec le Nouveau Testament ? Pour le comprendre, il faut remonter dans le temps : testament est le mot français qui traduit le mot latin "testamentum", employé par Saint Jérôme dans sa traduction greco-latine de la bible. Le mot grec original était "diatèkè" dont le sens était (sortez vos vieux Bailly !) "disposition, arrangement, convention". Le mot grec "diatèkè" était le mot habituel pour traduire le mot hébreu "berit" dont le sens est "alliance" (Le Christ Hébreu, p 25). Si donc nous supposons que le texte original était en hébreu "La Nouvelle Alliance", le titre du recueil de textes prend toute sa signification : dans ce livre on va traiter de la Nouvelle Alliance que Dieu va sceller avec les hommes à travers Jésus-Christ (l'ancienne alliance ayant été contractée avec Moïse, suite à la promesse faite à Abraham). C'est cohérent. Ce sont les avatars des traductions successives qui ont abouti -sans aucune erreur de traduction, notons-le, mais uniquement en raison des glissements sémantiques successifs - au titre Nouveau Testament qui ne veut plus rien dire ou dont le sens apparent est très éloigné de l'original.

Les fils de la tente nuptiale

               Prenons Matthieu, chapitre 9, verset 15 : (les caractères gras sont de moi, pour souligner le passage intéressant)

                    "Et Jésus leur dit : " Est-ce que les compagnons de l'époux peuvent être dans le deuil tant que l'époux est avec eux ?".

               Si vous avez la chance de posséder chez vous un exemplaire latin des Evangiles, vous verrez que la phrase correspondante est celle-ci :

                    "Et ait illis Jésus : Numquid possunt filii sponsi lugere quamdiu cum illis est sponsus ?"

               Le traducteur, en écrivant "filii sponsi" (qui veut dire "les fils de l'engagement, de la promesse") avait déjà évacué une partie de la difficulté, car  le texte grec qu'il avait sous les yeux était "oi huoi tou numphônos" (qui veut dire littéralement "Les fils de la tente nuptiale") et qui est la transposition fidèle de l'expression hébraïque originale "benei ha-houphah" dont la traduction littérale en français est bien : "les fils de la tente nuptiale". L'expression hébraïque "fils de" n'indique pas le lien de parenté parent-enfant, mais un lien de parenté beaucoup plus général : de la race de..., du genre de..., de la famille de..., du groupe de....

               L'expression "les fils de la tente nuptiale" n'a pour nous aucun sens ! mais rassurons-nous, cela n'en avait déjà pas pour un grec ; oi huoi tou numphônos ne voulait strictement rien dire pour un grec, sauf s'il était d'origine juive, auquel cas il reconnaissait immédiatement une allusion au Cantique des Cantiques et il comprenait que cela revenait à dire "les compagnons de l'époux", comme c'est très bien traduit en français.

               Le problème est que nous possédons le texte grec de Matthieu où apparaît "oi huoi tou numphônos", ce qu'aucun grec n'aurait jamais écrit, pas plus qu'aucun français n'aurait écrit "les fils de la tente nuptiale", parce que cela n'a aucun sens dans ces deux langues. Si donc cette phrase apparaît dans l'évangile grec de Matthieu, c'est parce qu'elle a été servilement décalquée à partir de la phrase hébraïque (qui était parfaitement compréhensible pour un Juif), et donc que la version originale d'où a été extraite cette phrase était écrite en hébreu.

Géhenne

               Puisque nous en sommes à Matthieu, prenons le chapitre 5, verset 22 :

                    "Et moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère sera passible du jugement ; celui qui dira à son frère : Raca ! sera passible du sanhédrin ; celui qui dira : Fou ! sera passible de la géhenne du feu."

              Et c'est quoi la géhenne du feu ? Remontons au latin pour voir si nous y trouvons un éclaircissement :

                    " /.../ Qui autem dixerit : Fatue !, reus erit gehennae ignis."

               Donc, en latin, on a employé tel quel,sans le traduire, le mot grec "géenna". Un petit coup d'œil au Bailly, pour voir : le mot géenna existe bien, mais la seule référence est justement Matthieu : le mot grec géenna n'existe pas en grec classique et il n'est cité dans ce dictionnaire de référence que parce qu'il a été employé dans l'édition grecque des Évangiles de Matthieu, Marc et Luc. Le mot grec géenna (qui recouvre le latin gehenna puis le français géhenne) n'est, en réalité, que la transformation orale de "geï ben", contraction d'une vieille expression biblique hébraïque "geï ben-Hinnôm", signifiant "la vallée des fils de Hinnôm". La vallée de Hinnôm, située au sud de Jérusalem, avait été autrefois un lieu où l'on offrait des sacrifices humains au dieu Moloch, notamment en jetant des enfants vivants dans l'intérieur de la statue du dieu, où on avait allumé un brasier. Notez au passage l'emploi encore de "fils de" pour signifier "le groupe des gens qui se rendaient dans..."

               Cette expression ne peut pas avoir été écrite par un grec du premier siècle, pas plus que par vous ou par moi. Elle ne peut venir que d'un texte hébreu s'adressant à des Juifs.

               Bien entendu, ces trois exemples ne sont pas la démonstration suffisante pour affirmer que les Évangiles ont été rédigés en hébreu ; toutefois, ils contiennent suffisamment d'éléments pour laisser entrevoir que ce ne serait pas impossible... Et quand ces exemples sont nombreux (plusieurs centaines quand même !), on commence à se poser la question inverse : sur quoi repose l'affirmation que les Évangiles sont des textes tardifs s'appuyant sur une longue tradition orale avant d'être mis par écrit ? C'est en se posant cette question que John A.T. Robinson est parvenu à la conclusion : rien ne permet d'affirmer cela, au contraire, tout concorde pour dire que les textes originaux des Évangiles ont été composés tôt dans l'histoire de l'Eglise, en tout cas avant l'an 70 ; les opinions de 3 spécialistes comme C Tresmontant, J Carmignac et J Genot-Bismuth concordent pour dire que le texte original était en langue sémitique (hébreu ou araméen) et qu'ils ont été traduits en grec très précocement - on pourrait même ajouter avant 68, puisqu'on a trouvé une copie d'un fragment de l'Évangile de Marc en grec dans les grottes de Qumrân. Bien entendu, il est évident que certaines incises ont été ajoutées lors de la traduction de l'hébreu en grec, pour expliquer certains mots à ceux des grecs qui n'entendaient rien à l'hébreu ; par exemple :

          "Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, et on l'appellera du nom d'Emmanuel, ce qui veut dire : Dieu avec nous" (Matthieu, 1, 23)

         "Ils prirent donc Jésus. Et, portant lui-même sa croix, il sortit vers le lieu-dit  'du crâne' , c'est -à-dire en hébreu 'Golgotha' " (Jean, 19, 17)

               Toutefois, il serait excessif de tirer prétexte de ces quelques incises - ajoutées uniquement à titre explicatif - pour dire que les traducteurs et autres scribes ont modifié les textes d'origine ; il n'y a aucun doute sur le fait que chaque copiste avait à cœur de transmettre le message d'origine dans son intégralité originale, la concordance des textes évangéliques le prouve, en dépit des lieux de création et des cheminements divers de chaque évangile.