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LE  TISSU   DU  LINCEUL

               Le lin est une plante herbacée à fleurs bleues, cultivée pour ses graines (dont on extrait l'huile de lin) et ses tiges dont on extraira les fibres qui, par filage puis tissage, donneront un tissu.

               Une fois les tiges de lin récoltées, elles sont mises à tremper dans de l'eau (courante ou stagnante), jusqu'à ce que les fibres se détachent les unes des autres par dissolution de la matière qui les unissait. Cette opération s'appelle le rouissage. Celle-ci accomplie, les fibres sont séparées les unes des autres, libérées de leur écorce, démêlées, peignées pour leur donner en gros la même direction, mises sur une quenouille. Ces fibres seront ensuite filées, c'est à dire que les fibrilles qui les composent sont unies les une aux autres en les tordant sur elles mêmes autour d'un fuseau ; la façon habituelle de filer le lin consiste à le tordre sur lui même de telle sorte que l'aspect du fil forme un S (c'est en effet la torsion spontanée des fils de lin au cours du séchage). Pour le fil utilisé sur le Suaire, la torsion s'est faite à l'envers de sorte que l'aspect du fil est en forme de Z. Il semblerait que cet aspect, assez rare, soit dû au fait que le lin a été filé simultanément des deux mains... Sur la photo ci-dessous, les fibres se distinguent nettement dans les fils et on voit clairement leur disposition oblique du haut à droite vers le bas à gauche, caractéristique de la lettre   Z ; après filage, le fil était blanchi (probablement par immersion dans un bain réducteur).

Macrophotographie du tissu montrant le tissage en chevrons "3 lie 1", la variation de diamètre des fils, les fibrilles qui composent les fils et dont la direction est orientée en forme de  "Z".

Détail de la composition d'un fil ; entre les deux traits rouges, une fibre a été individualisée. On distingue nettement qu'elle est orientée selon l'oblique d'une lettre  "Z".

disposition des fibres en forme de lettre   Z

 

               Sur le Linceul, on a compté environ 38 fils au centimètre pour la chaîne et 26 pour la trame. Pourquoi "environ" ? simplement parce qu'il s'agissait d'un travail artisanal, "manuel" et que le diamètre du fil variait avec la matière première (le lin), l'habileté du fileur… Le nombre de 38 fils au cm implique que le diamètre moyen de chaque fil de trame est d'environ 0,26 mm, les fils de chaîne sont plus fins et  leur diamètre est d'environ 0,14 mm.  La variation de diamètre des fils est d'ailleurs bien visible sur la photo.

               Avant de commencer le tissage, il fallait d'abord attacher côte à côte les fils de lin sur un montant lui même lié à une perche horizontale fixée en hauteur ; cet assemblage de fils verticaux parallèles constituait la chaîne. Les fils étaient tendus par un système de poids. En ce qui concerne le Linceul, selon que l'on pense que la bande latérale faisait ou non partie du tissu à l'origine - problème non encore définitivement tranché, semble-t-il -, la largeur totale était de 1 m ou 1.08 m, ce qui représentait quand-même environ 4000 fils de chaîne ! Ensuite, le tissage proprement dit consistait à passer horizontalement un fil (le fil de trame) entre les fils de chaîne.

               Le linceul de Turin est fait de lin tissé "en chevron 3 lie 1", c'est-à-dire que chaque fil de trame passe par-dessus 1 fil de chaîne puis par-dessous les 3 fils suivants, etc.… A chaque nouveau fil de trame, le croisement est décalé d'un fil de chaîne et ceci 40 fois de suite (soit 11 cm environ), ce qui donne l'aspect oblique du tissage, puis il y a changement de sens, ce qui donne l'aspect oblique "inversé", l'ensemble donnant l'aspect en chevron. L'épaisseur du tissu est 0.3 mm et son poids total est de 1,12 kg, soit une densité moyenne de 20mg / cm².

Photographie en noir et blanc du tissu du linceul ; on distingue très nettement l'aspect "en chevrons" du tissu, ainsi que les fils qui le composent. Sur cette photo, les fibres - qui composent les fils - sont trop petites pour être visibles.

               Le fait qu'il y ait 1 fil dessus et 3 fils dessous donne un aspect différent à chaque côté du tissu : l'un aura une prédominance de fils de chaîne - ce sera "l'endroit" - l'autre de fils de trame - "l'envers" -. Par bonheur - ou par prévoyance de la Providence - c'est le côté "endroit" qui a reçu l'image et les détails de celle-ci sont donc de meilleure qualité.

Il s'agit de "l'endroit" du tissu ; on distingue bien les fils de chaîne qui croisent successivement 3 fils de trame puis 1 seul. Les traces jaunes, qui forment l'image du corps, ne se voient que sur ce côté du tissu ; l'envers ne montre aucune trace du corps.

               Monsieur Gabriel VIAL a fait une communication extrêmement détaillée au Symposium de Paris de 1989 au cours de laquelle il explique qu'il fallait un métier à tisser équipé de quatre lames sur lesquelles étaient passés les fils pour obtenir cet aspect en chevron. Sur 4000 fils, il y avait inévitablement des erreurs de passage de fils, et ces erreurs se reproduisent bien évidemment tout au long du tissu ; elles ont été étudiées par Monsieur VIAL (voir, dans la bibliographie, CIELT, Actes du Symposium, Le Prélèvement, Etude du tissu).

De quoi se compose chaque fil ?

               Chaque fil est composé d'environ 70 fibrilles (diamètre moyen 15 µm pour une longueur moyenne 22 mm) assemblées au cours du filage, et chaque fibrille - qui se présente au microscope comme une sorte de tuyau aplati et torsadé - est composée de longues chaînes de cellulose

               La cellulose est un assemblage linéaire de molécules de gluco-pyrannose bêta, lui-même formé de la fusion de 2 molécules de glucose, sucre bien connu, de formule C6H12O6. Ces molécules de glucose sont réunies par leurs carbones 1 et 4 avec perte d'une molécule d'eau. La formule de la cellulose pourrait ainsi s'écrire : (C6 H10 O5)n

              Formule chimique développée conventionnelle aplatie des molécules de glucose attachés l'une à l'autre par un pont oxygène obtenu par perte d'une molécule d'eau. Le carcone 1 d'un glucose est ainsi relié au carbone 4 de l'aute molécule. La répétition de cet enchaînement plusieurs milliers de fois aboutit à la macromolécule de cellulose.   (2039 octets)
               Quand on aligne plusieurs milliers de molécules de glucose, on obtient un fragment de fibre de cellulose ; quand on juxtapose plusieurs fibres de cellulose, elles se lient très étroitement les unes aux autres - par des liaisons hydrogène et des forces de Van Der Waals - pour donner des supermacromolécules ; plusieurs supermacromolécules assemblées finissent par donner des fibrilles dont l'assemblage par filage donne un fil.

 

               Et la couleur dans tout cela ? Lorsque la cellulose perd des molécules d'eau - se déshydrate - l'environnement électronique de la molécule se modifie. La présence de groupes alpha-bêta insaturés et de groupes alpha-dicarbonylés est capable d'absorber certaines radiations, laissant passer les autres ; la couleur vire ainsi vers le jaune. C'est parce que la cellulose constituant les fibres de lin a subi cette oxydation-déshydratation que certaines parties des fibrilles du linceul sont devenues jaunes. (D'après les communication de Maurizio Bettinnelli  au Symposium de Rome en 1993 et Eberhard Lindner au Symposium de Nice en 1997).

Pour en savoir plus sur la lumière et la couleur, cliquez ici

La couleur provient des conjugaisons des doubles liaisons  - c = c - c = -  ou des groupes alpha dicarbonyles  - C - CO - CO - C ; ces doubles liaisons conjuguées sont une oxydation avec deshydratation de la cellulose. Il est intéressant de constater que le tissu du Linceul en entier semble confronté en vieillissant à cette oxydation avec lente coloration. De très sérieuses mesures de protection contre l'oxydation ont été prises.

               Il faut noter que personne ne sait exactement quand est apparue l'image sur le Suaire : immédiatement, après plusieurs heures ou jours ou mois ou années ? Son apparition différée pourrait expliquer que les Evangiles ne signalent pas son existence (mais on sait aussi que toute représentation animale ou humaine étant formellement interdite à Jérusalem, cela ne devait pas inciter à en parler). Ce fait est à rapprocher de ce que le Linceul en entier semble jaunir en vieillissant, un peu comme si toute sa surface était soumise à ce processus d'oxydation lente. Des experts  se penchent très sérieusement sur la question pour le préserver.

 

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